Lorsqu’on voyage, on réalise vite que les règlements liés aux visas et aux séjours ne sont jamais de simples formalités. Avant de partir pour Rabat, je savais que les Canadiens pouvaient rester jusqu’à 90 jours au Maroc sans visa, ce qui témoigne déjà de mon privilège en tant que détenteur d’un passeport canadien. Mon problème ? Je comptais rester 97 jours. Sept journées de trop, mais qui pouvaient tout changer.

Avant de quitter Montréal, j’ai donc téléphoné au consulat marocain. La réponse a été très claire : si je dépassais de seulement cinq ou dix jours, je n’avais strictement rien à faire et on me laisserait passer sans problème à l’aéroport. On a même insisté sur le fait qu’il n’y aurait aucune conséquence pour un si petit dépassement. Ce n’est que si je voulais vraiment me rassurer l’esprit que je pouvais, le 90e jour seulement, me rendre au commissariat de police local pour demander une carte provisoire d’extension de séjour. Mais cette réponse, rassurante en apparence, me semblait aussi trop vague. Que faire si on refusait de me donner la carte le 90è jour? Ou si une carte pareille n’existait pas vraiment? Je ne voulais pas risquer de me retrouver en situation irrégulière à la fin de mon séjour.

Par précaution, j’ai finalement décidé de sortir du pays au milieu de l’été pour quelques heures seulement. Cette sortie « technique » avait un effet très concret : elle remettait à zéro le compteur des 90 jours. J’ai choisi de me rendre à Ceuta, une enclave espagnole située au nord du Maroc en territoire africain.

Je ne savais pas que cette décision, prise avant tout par souci administratif, allait me permettre de découvrir une petite ville pleine de charme. Ceuta, ou Sabtah/Septa en arabe, est entourée par la mer de tous les côtés. Où que l’on marche, on n’est jamais à plus de cinq minutes du littoral. L’ambiance y est différente du reste du Maroc. On entend partout l’espagnol, mais aussi un peu d’arabe, et parfois les deux dans la même conversation. L’architecture rappelle les villes andalouses, avec ses façades colorées et ses balcons ouvragés. Quant à la nourriture, elle reflète parfaitement ce mélange avec beaucoup de fruits de mer, des restaurants espagnols, mais aussi une forte présence de la cuisine marocaine. Ceuta, c’est à la fois l’Europe et le Maghreb, une rencontre culturelle que je n’avais pas prévue.

C’est seulement au moment de quitter le Maroc, à la fin de mon stage, que j’ai compris à quel point ce détour m’avait évité des ennuis. J’avais réservé un vol vers Paris le même jour qu’une autre stagiaire française. Elle, par mégarde, avait dépassé la limite de 90 jours de seulement deux jours. Elle s’attendait à devoir payer une amende. Mais à l’aéroport, la situation a pris une tournure bien plus sérieuse. La sécurité est intervenue assez abruptement, lui a déchiré son billet et l’a conduite à la préfecture de police. Elle y a passé la journée à attendre et à répondre à des questions, avant de pouvoir repartir deux jours plus tard, à ses frais, avec un nouveau billet. Elle m’a expliqué plus tard combien elle s’était sentie humiliée par cette expérience, traitée comme une grande criminelle pour ce qui lui paraissait être une simple erreur administrative.

En comparaison, mon détour à Ceuta m’a non seulement offert une belle découverte culturelle, mais il m’a aussi évité un scénario difficile. Cette expérience m’a rappelé qu’en voyage, il est essentiel de bien se renseigner sur les règlements, et si possible, de croiser les informations plutôt que de se contenter d’une seule source, même quand cette source, c’est le consulat.

Au-delà de l’anecdote, j’y ai aussi vu une leçon plus large. Chaque pays a le droit d’appliquer ses règles comme il l’entend. Pour le Maroc, un dépassement de visa, même minime, n’est pas une simple formalité administrative, c’est une atteinte à sa souveraineté et à la gestion de ses frontières. En tant que voyageur, il faut l’accepter et s’y adapter.